|
Retour à la section "Articles
divers sur le naturisme"
La nudité et
le naturisme : point de vue d’un psychologue
MARC-ALAIN DESCAMPS,
psychologue
Université René Descartes (Paris V)
1. Quelles études avez-vous faites sur le naturisme et
pourquoi ?
J’étais en train de travailler à la construction de la
psychologie du corps. Après avoir étudié le rôle des vêtements, j’ai écrit
un livre sur la psychologie de la Mode. Et donc, j’ai voulu aussi savoir
pourquoi certains voulaient vivre nus, sans vêtements. J’ai par conséquent
mené une enquête dans les milieux nudistes. Mes recherches ont porté sur
l’histoire du nu en découvrant que depuis le nudisme des Grecs, il y avait
toujours eu en Europe des groupes qui réclamaient le droit d’être nus et qui
à chaque siècle étaient exterminés pour avoir vécus nus. Géographiquement,
j’ai étudié les mouvements naturistes en Europe et depuis la
Nouvelle-Zélande jusqu’au Brésil. L’étude ethnologique m’a montré qu’il y
avait toujours des Peuples nus sur tous les continents de l’Amazonie au
désert australien. Après la philosophie du Nu, le plus intéressant a été la
psychologie du nu et la psychanalyse du naturisme. Mais j’ai aussi étudié
l’aspect économique (commercial, social et touristique) du phénomène. Je
continue les études sur l’Image du naturisme et la place du nu dans la
publicité.
Ceci m’a amené à soutenir en 1970 la première thèse sur
"Le nu et le vêtement" à l’Université de la Sorbonne à Paris. C’est une
étude comparant les arguments pour et contre les vêtements. Vingt ans après,
elle a été réactualisée sous le nom de " Vivre nu".
2. La Pudeur a-t-elle varié ?
La pudeur est une convention sociale. Elle est liée au
sentiment de honte devant les autres. Elle a beaucoup varié selon
l’histoire, mais aussi géographiquement. Ce qu’il faut cacher a pu être :
les cheveux, les organes génitaux, la bouche, les chevilles, les poils, les
oreilles, les seins. Dans bien des pays, les seins des femmes n’ont rien à
voir avec la pudeur, dans d’autres il est plus grave de montrer sa bouche
que son sexe. Avec le string, les fesses ne sont plus à cacher. Pour les
Orientaux, la pudeur porte sur l’expression des sentiments. Et en Occident,
la honte pour les hommes était de pleurer et de montrer ses larmes. Dans
l’éducation, les pleurs étaient réservés aux petites filles. Les rots sont
bien vus à la fin d’un repas dans le Maghreb.
3. Quand a-t-on accepté le naturisme ?
C’est maintenant que commence le plus grand engouement
pour le naturisme, car la société devient tolérante et libérale et elle
commence à se délivrer des tabous millénaires. Le corps en effet (nu ou
habillé) a été l’objet de la haine (ou somatophobie) depuis les religions
dualistes de la Perse et de l’Iran, il y a 2 500 ans (voir Ce corps haï et
adoré). La réconciliation avec le corps a débuté au XXième siècle seulement.
Aussi le naturisme n’est accepté que dans les pays
évolués démocratiquement et laïquement. Il est pratiqué plus facilement dans
les pays protestants (Angleterre, Allemagne, Scandinavie) que dans les pays
catholiques (Italie, Espagne) ou orthodoxes (Grèce). Il est interdit et
impossible dans tous les pays musulmans où même le visage de la femme doit
être caché (Afghanistan, Iran, Indonésie, Arabie saoudite, Algérie…). Le
pays le plus ouvert au naturisme est la France qui a su saisir sa chance et
se doter d’un important parc de Centres de vacances, en sus de toutes les
plages libres et de tous les Clubs péri-urbains. Cela aurait dû s’installer
en Grèce, en Italie, en Espagne, au Portugal et dans tous les autres pays de
la Méditerranée, mais les mentalités religieuses l’ont interdit, alors c’est
la France ouverte sur l’Atlantique et la Méditerranée qui en a profité. Et
maintenant, elle reçoit deux millions de touristes naturistes tous les ans.
Les pays nordiques (Norvège, Suède, Finlande, Danemark, Hollande, Belgique…)
sont ouverts à la nudité, mais leur climat fait qu’ils viennent prendre
leurs vacances en France.
4. Et en Amérique ?
La même évolution n’a pas pu se faire aux USA où les
quelques centres nudistes qui existent ont un esprit très différent du
naturisme européen. D’Europe, ils apparaissent très commerciaux, plus liés à
l’argent qu’à l’amour de la nature. Au Canada, à mon avis, existent les deux
courants et dans le Québec, il existe un courant naturiste comme en Europe.
On peut espérer que dans un avenir proche, l’idéal naturiste puisse se
diffuser et la proscription du nu et la nature disparaisse. Il est opportun
qu’un parc naturiste soit ouvert dans Montréal ; à Munich en Allemagne, il y
en a déjà un et les gens s’y baignent librement avec ou sans maillot.
Le geste le plus osé pris en faveur du naturisme a été
l’admission de plages naturistes libres en France en 1969. Mais dès 1934,
une partie de l’île du Levant près de Hyères en mer Méditerranée a été
ouverte au naturisme, puis en 1950 une partie de la plage de Montalivet
(près de Bordeaux sur l’Atlantique) par un arrêté du Maire.
Mais il ne faut pas oublier les Fils de la Liberté ou
Doukhobors, ces Russes venus au Canada construire le "Canadian Pacific" en
1889 sous la conduite de Vereguine du Saskachevvan au Krestova qui se
promenaient nus dans les villes jusque vers 1950.
5. Quels sont les bénéfices psychologiques personnels ?
Le naturisme apporte un ensemble d’avantages
psychologiques. D’abord, il donne un sentiment de liberté, c’est une
véritable libération que de laisser tomber les symboles des conventions
sociales. C’est aussi un retour à l’état naturel, car tous les êtres humains
ont pratiqué du naturisme au moins une fois dans leur vie. C’est au moment
de leur naissance ; en sortant du ventre de leur mère, ils étaient nus,
totalement, intégralement, sans aucun vêtement. Les jeans Lévi-Strauss ont
fait une campagne d’affichage montrant un enfant qui sortait avec un jean,
mais ce n’est pas vrai, jamais aucune technologie n’a réussi à faire naître
des enfants habillés!
Ainsi on retrouve un sentiment d’innocence, c’est-à-dire
de non-péché et de non-culpabilité. Car il ne faut pas oublier que selon la
Bible quand Dieu a créé l’homme et la femme, il les a créé nus et il les
fréquentait nus. Le premier vêtement est la conséquence de la première
désobéissance et du péché originel ; dès que l’homme a mangé du fruit
défendu, il a eu honte de son corps et s’est caché.
Et ceci fait ressentir à l’homme sa parenté naturelle,
son insertion dans la nature. C’est pour cela que les Français ont inventé
et imposé ce terme de naturisme (inconnu des Anglais qui ne parlent que de
nudist), pour marquer que la nudité est un retour à la tenue
naturelle de l’homme, qui lui fait sentir la vie de la nature, l’amour de la
nature et développe l’écologie humaine.
L’être humain est ainsi vrai et authentique. Il y a eu
une réhabilitation du corps et une réconciliation, c’est la fin de la
division de l’homme et de la coupure du corps entre les parties montrables
et les "parties honteuses". Il est franc, car il n’a plus rien à cacher.
6. Et quels avantages sociaux ?
Le naturisme a aussi des répercussions sociales en ce
qu’il développe des sentiments d’égalité, de fraternité et de pacifisme
(Vivre nu p. 70). Cela a été montré par l’exposition du Musée de la
Civilisation de Québec Souffrir pour être belle.
Le naturisme ne doit jamais être imposé à ceux qui n’en
veulent pas. Bien des personnes ont une grande honte de leur corps, de leur
sexe et sont traumatisées par la vue du corps humain, elles ne pourront donc
jamais se mettre nues. Et il faut respecter leur état, comme dans les
différentes phobies. Bien des personnes ne supportent pas la vue des souris,
des araignées ou des serpents et il ne faut pas leur imposer.
Les naturistes, qui demandent qu’on respecte leur
liberté, sont respectueux de celle des autres. Et ils sont contre tous les
exhibitionnistes ou les voyeurs qui imposent la vue de leur sexe aux autres
de façon provocante. Ils ont une grande pudeur et ne veulent pas être
confondus avec la pornographie, les échangistes, les sado-masochistes, les
prostituées… Il ne faut pas tout mélanger.
Les naturistes ne sont pas contre les vêtements : il faut
les utiliser quand ils sont utiles, mais quand on n’en a plus besoin,
pourquoi continuer à porter sur soi un maillot de bain qui ne sert plus à
rien ?
7. Y a-t-il encore des peuples nus ?
Si la population d’un pays vivait nue, les comportements
seraient forcément différents. Mais le "si" est de trop, car il y a quantité
de peuples qui vivent intégralement nus (c’est-à-dire sans cacher les
organes de reproduction). Ce sont les Grands Peuples Nus, sur tous les
continents : Amérique (Amazonie, Fuégiens), Afrique (Nilotes, Pygmées,
Boshimans, Karamajongs), Asie (Adaman, Jaïns, Nagas), Australie (Aruntas,
Aborigènes), Polynésie (Maoris). Ce sont des peuples qui vivent dans une
parfaite insertion naturelle, en économisant leurs ressources, sans aucun
gaspillage dans une réelle écologie, en harmonie avec leur nature.
8. Quel avenir pour le naturisme ?
L’humanité finira par renoncer à son exploitation
effrénée de la nature, à sa somatophobie, à la frénésie de l’argent et du
rendement à tout prix. Elle se réconciliera avec sa nature et reconnaîtra à
chacun le droit à la nudité. Un jour, chacun aura le droit d’être nu ; la
société sera moins pudibonde et il n’y aura plus de honte et de haine du
corps.
Références
Descamps, Marc-Alain, Vivre nu, Paris éditions
Trismégiste, 1987
Descamps, Marc-Alain, Le regard de l’autre, dans
Souffrir pour être belle, Québec, éditions Fidès, 1988
Pour toute question ou
problème concernant le site : webmaster@fqn.qc.ca.
Conception du site et crédits
photos.
Copyright (c) 2001, Fédération québécoise de
naturisme. Tous droits réservés.
|