|
Éditorial - Été 2010
Le naturisme au
Canada
Par Paul Rapoport
Depuis
un an et demi, le Canada a perdu cinq centres naturistes : un au
Québec, deux au Manitoba et deux en Ontario (dont un francophone,
près du Québec). Les terrains ont été vendus ou sont simplement
devenus textiles. Pour le naturisme organisé, il s’agit de pertes
décourageantes, qui augmentent la distance déjà grande entre la
plupart des centres naturistes privés, surtout dans les Prairies.
Pourtant, il est évident que la plupart des sites naturistes
continuent leur expansion. Qu’ils souhaitent ou non se développer,
plusieurs se débrouillent bien année après année, conservant des
effectifs assez stables pour faire leurs frais et au moins effectuer
de légères améliorations. Cela s’applique autant aux centres
naturistes qu’aux clubs sans terrain.
Cela
dit, le naturisme officiel n’avance pas beaucoup. Dans le domaine
public, pour un pays de 34 millions d’habitants, il n’y a encore que
deux plages libres officiellement reconnues, et seulement quelques
autres officieusement tolérées. En outre, leur existence peut se
trouver menacée n’importe quand.
Dans
notre pays, les gains pour le naturisme peuvent être d’une
provenance que les naturistes peuvent considérer étrange. Comme la
plus grande partie de la population ne connaît pas le naturisme et
associe le nu à une activité sexuelle, la tolérance accrue pour le
corps nu découle parfois d’une plus grande tolérance envers
l’expression sexuelle. Par exemple, sur Internet, le concept de
nudité conduit rarement au naturisme. Autre exemple : certains
jugements rendus en cour, dont celui de la Cour Suprême en 2005
refusant de criminaliser un club d’échangistes privé.
Ces
liens peuvent bien faire frémir les naturistes, mais s’ils
s’abstiennent eux-mêmes de promouvoir publiquement leur culture, ils
verront que le corps humain nu en société ne sera de plus en plus
accepté qu’à travers la sexualité.
Ce
serait là un arrangement compréhensible, mais inacceptable, aussi
susceptible de se tourner contre le naturisme qu’en sa faveur. Même
si le Canada semble être un pays tolérant et si la plus grande
partie de la classe politique ne cherche pas à criminaliser le
naturisme, il reste que des contrecoups et des batailles sur la
nudité, surtout lorsqu’elle concerne des mineurs, peuvent devenir un
problème grave. Le naturisme peut être menacé dans des situations de
forte crainte ou de négativisme d’ordre sexuel. C’est de cela que
découle essentiellement la phobie du corps.
Si le
prix de la liberté réside dans une vigilance éternelle, celui du
naturisme exige une démonstration franche et continue qu’il ne
s’agit pas simplement d’un loisir inoffensif mais d’un apport
important à l’humanité sur les plans psychologique et social. Les
centres naturistes pourraient jouer un rôle dans une telle campagne.
Peu le font. Leur isolement (dans les deux sens) n’est pas bon pour
le naturisme.
Sans
même parler de tolérance, il y a encore beaucoup de chemin à faire
pour que le Canada soit plus sûr pour le naturisme. Il ne suffit pas
d’aller dans son centre pour le week-end et de prendre quelques
bières. Ce n’est pas assez de se bronzer nu sur sa plage préférée.
Il faut faire plus que de parler de naturisme à des naturistes.
La
stabilité est souvent une illusion et le naturisme a besoin de
davantage de militants et de leaders. |