|
Retour à la section "Articles
divers sur le naturisme"
Naturisme 101*
Comment parler de naturisme aux
"textiles"
par Michel Vaïs
Nous sommes naturistes mais, autour de nous, selon les sondages, entre 80%
et 90% des gens ne le sont pas. Nous avons tous des parents, des amis, des
collègues de travail, qui nous regarderaient d’un œil incrédule s’ils
savaient... Certains naturistes le cachent, ce qui les oblige parfois à
raconter des histoires. D’autres ne perdent jamais une occasion pour le
proclamer haut et fort, au risque de paraître obsédés par la chose. La
plupart d’entre nous le disent, quand l’occasion se présente, mais les mots
n’arrivent pas toujours aisément dans la bouche. Cela dépend de la
situation, de l’interlocuteur ou de notre humeur. Il n’est pas toujours
facile de parler simplement de naturisme, sans s’enflammer, surtout quand on
nous sert des arguments tissés de clichés.
Mais d’abord, pourquoi en parler ?
Et bien, justement, pour contrer les préjugés tenaces qui font de nous des
originaux, des farfelus, des marginaux, ou pire encore, des gens dangereux
parce qu’asociaux et pervers. Il ne faut pas croire que je fais de la
paranoïa : le professeur et chroniqueur au Devoir Louis Cornellier fulminait
le 15 août 1994 dans La Presse contre « les aspects profondément pervers de
cette idéologie réactionnaire » que constitue à ses yeux le nudisme ; sous
sa plume, Voltaire, Kundera et Finkielkraut semblaient s’être donné
rendez-vous pour ridiculiser toute nudité naturelle. C’est ce genre de
condamnations ex-cathedra qui poussent, hélas ! certains adeptes vers le
secret ou la clandestinité. Combien d’entre nous se disent que la vie serait
donc plus simple si notre mode de loisir était plus largement accepté !
Or, pour avoir souvent parlé de naturisme à des représentants des médias —
au demeurant ouverts et bien intentionnés la plupart du temps —, j’ai pu
expérimenter un certain nombre d’approches de la problématique. À cet égard,
les journalistes ne sont pas différents des autres. Il y a des remarques et
des questions qui reviennent tout le temps, et des réponses qui convainquent
plus que d’autres.
Distinguer nu et sexe
La plupart du temps, chez les gens qui n’ont jamais expérimenté le
naturisme, la machine à fantasmes se met en marche aussitôt prononcé le mot
NU. Ils ne le diront pas nécessairement, mais il est clair que lorsqu’ils
parlent de voyeurisme et d’exhibitionnisme, de laideur ou de beauté,
d’excitation ou au contraire du caractère antisexuel du nu intégral, les
gens tournent autour du même pot. Ils trahissent ainsi une attitude
puritaine profondément ancrée, selon laquelle le sexe est fait pour rester
toujours caché en public. Corrollaire de cette pensée : les naturistes sont
destinés à se réfugier dans des ghettos, où ils sont captifs de leurs
pulsions. Ce sont généralement ces puritains qui font des plaisanteries pour
dissimuler leur gêne, ou monter en épingle des faits divers mineurs (comme
un mariage chez les nudistes et autres excentricités).
La première attitude à adopter, lorsqu’on nous fait part de certaines
objections, consiste à ne pas nier ou éluder la question. Si l’on nous dit
que les centres naturistes doivent être un ramassis de voyeurs, il est un
peu simple de répondre que c’est faux, et qu’il suffit d’aller y faire un
tour pour le constater. Ou encore de dire que les règlements très stricts
empêchent la venue de voyeurs.
Pour ma part, je réponds que c’est vrai, une bonne dose de curiosité est au
nombre des motivations qui président à la première expérience naturiste.
Seulement, chez la plupart des gens, c’est une curiosité saine et naturelle.
Elle est vite rassasiée. Quant aux vrais voyeurs pathologiques, ils sont
soit déçus de leur découverte soit guéris. Déçus s’ils étaient à la
recherche d’excitation, car le nu intégral est au contraire très apaisant.
Guéris si, après quelques minutes ou quelques heures, ils oublient ce qu’ils
étaient venus chercher. Je le dis souvent : l’idée de la nudité en commun
est plus troublante et excitante que la nudité elle-même.
Repenser à sa première fois
Il est important, lorsqu’on parle de naturisme autour de soi, de se rappeler
le « textile » qu’on a déjà été. Il faut respecter le processus naturel,
normal, courant, d’apprivoisement du naturisme. Avant de parler de manger nu
au restaurant du centre, ou de jouer au volleyball nu, ou de danser nu, il
convient d’aborder des sujets moins étonnants. Il ne s’agit pas de mentir,
mais de faire tomber les objections une à une, en douceur. Rien ne sert de
prêter flanc aux critiques ou aux sarcasmes. Ce n’est pas comme ça qu’on
nous prendra au sérieux.
Personnellement, j’ai découvert le nudisme sauvage sur des plages libres
quasi-désertes, lors de voyages à l’étranger. Je ne m’éloignais pas
beaucoup, alors, de mon maillot de bain. J’éprouvais un mélange de sentiment
de liberté et d’appréhension. Pour franchir ensuite la barrière d’un centre
naturiste, il m’a fallu du courage. Et là, si je me suis senti tout de suite
à l’aise sur la plage, à me baigner et à prendre du soleil, il m’a fallu un
moment pour aller faire mes courses à l’épicerie ou m’asseoir au restaurant
tout nu sans me sentir bizarre. (La différence que je fais parfois entre
nudisme et naturisme est la suivante : le nudiste se met nu mais il reste
habillé dans sa tête ; le naturiste en vient à oublier qu’il est nu.)
Lorsque je parle de naturisme à des gens qui n’en ont jamais fait, je ne
commence jamais par leur parler des activités d’hiver. Il est plus simple
d’imaginer d’abord que l’on aime être nu dans la nature. C’est d’ailleurs là
l’essence du naturisme : une manière de vivre en harmonie avec la nature.
Nu, on porte « l’habit de nature » par excellence. On est plus sensible à
l’environnement, à la caresse des agents naturels sur l’ensemble de la peau.
On éprouve un sentiment de bien-être et d’osmose, qui rendent la détente
plus complète. C’est un remède incomparable au stress urbain. Voilà pourquoi
le naturisme se développe, depuis un siècle, essentiellement autour des
grandes villes occidentales. Et voilà aussi pourquoi le naturisme moderne
est né dans le nord de l’Europe, où l’urbanisme et le climat froid conjugués
l’ont rendu nécessaire. Le naturisme est équilibrant.
La nature avant le social
C’est seulement ensuite que j’aborde la dimension sociale du naturisme. En
glissant du psychologique, ou de l’intime, au social, on peut expliquer que
l’acceptation de son corps vu par d’autres contribue à une meilleure estime
de soi. En outre, la vue des autres nus, donc en situation de vulnérabilité
maximale, augmente le niveau de tolérance. On est moins poussé à observer un
obèse ou un infirme nu que la même personne habillée. Le nu réciproque et
consenti impose une discrétion du regard. Si telle personne, avec son âge,
la couleur de sa peau, les imperfections de son corps, arrive à profiter
comme moi du bonheur simple d’être nu, en toute sécurité et avec l’innocence
d’un bébé, cela me conforte et me rend solidaire de sa démarche. Ces aspects
sociaux de l’expérience naturiste, s’ils sont toujours présents, sont
peut-être plus évidents lorsque la nature est loin, comme c’est le cas dans
les activités urbaines. Voilà sans doute pourquoi beaucoup de gens tiennent
à participer à des activités naturistes même l’hiver. Sans compter que pour
se baigner, pour prendre un sauna ou pour faire des exercices aérobiques, le
vêtement, même réduit au minimum, ne sert à rien.
Un autre élément n’est pas à négliger. On a parfois tendance à penser que
lors des activités urbaines, il n’y a aucun contact avec la nature. Et il
est vrai que si l’on raconte d’emblée qu’on joue au volleyball et aux
quilles nu, à l’intérieur, l’hiver, on risque de se faire répondre que c’est
une bien drôle de façon de chercher un contact avec la nature ! À quoi je
rappelle que la nature, ce ne sont pas seulement les arbres, mais aussi
notre corps. Notre corps est la nature qui est en nous. L’hiver, lorsque le
froid nous coupe du contact intime avec les agents naturels et nous oblige à
vivre dans nos vêtements et sous les néons la plupart du temps, nous
apprécions de pouvoir recréer des petits bouts d’environnement naturel. Que
ce soit en contemplant des boiseries naturelles, en s’entourant de plantes
d’intérieur et d’animaux de compagnie, en allumant un bon feu de foyer ou en
se plongeant avec délices dans un bain à remous, nous nous ingénions à
trouver des douzaines de palliatifs aux espaces naturels dont nous gardons
toujours la nostalgie. Et bien, le naturisme fait partie intégrante de cette
démarche. Le grain de la peau est aussi précieux à contempler que le grain
du bois.
Ainsi, on peut doucement aborder avec notre interlocuteur les avantages du
naturisme urbain. Mais là aussi, il ne faut pas brûler d’étapes ! La
natation est l’activité la plus simple à faire accepter. Tout le monde s’est
déjà baigné nu, ne serait-ce que dans sa baignoire. Si quelqu’un dit ne pas
comprendre l’intérêt qu’il peut y avoir à le faire (même l’hiver, dans une
piscine chlorée), on peut lui suggérer de mettre un maillot pour son
prochain bain dans sa baignoire. Il ou elle comprendra alors tout ce qu’on
gagne en l’enlevant.
Il est aussi facile de faire comprendre l’intérêt qu’il y a à prendre un
sauna sans maillot de bain. En Allemagne, dans les saunas municipaux (il y
en a des centaines), la nudité mixte est obligatoire. C’est une question
d’hygiène. Puis, si mon interlocuteur est intéressé, je peux parler de
sports comme le badminton ou le volleyball, en soulignant que les naturistes
les pratiquent généralement dans un esprit de détente. Je ne commencerais
jamais à parler des tournois de baseball, ni des massages, ni des
discothèques où certains dansent nus. Il y a même des sujets que je n’aborde
jamais dans mes conversations avec des gens qui ne sont jamais allés dans un
centre naturiste. Ils auraient du mal à comprendre avant d’avoir fait leur
propre cheminement.
Être positif
J’essaie aussi d’éviter de m’empêtrer dans les distinctions entre les
(méchants) nudistes et les (bons) naturistes. Pourquoi mentionner le fait
que dans certains endroits, on s’adonne à des concours de Miss Nue, on
organise des défilés érotiques ou on invite ouvertement les couples
échangistes ? Ce sont là des pratiques dénoncées depuis plus de vingt ans
par la Fédération québécoise de naturisme et par tous les directeurs de
centres honnêtes. Demeurons vigilants, mais évitons de faire de la publicité
à ceux qui veulent détourner le naturisme de son essence. Ne perdons pas
notre temps à signaler ces déviations marginales à ceux qui veulent
simplement en savoir plus sur notre mode de loisir.
Il vaut mieux évoquer les éléments positifs. À ceux qui vous demandent si le
naturisme progresse au Québec, annoncez-leur que certains signes
encourageants semblent témoigner d’une expansion sans précédent dans
l’histoire du mouvement. Un nouveau centre naturiste a ouvert en 1998 (à
Jonquière) et un autre en 1997 (à Rimouski). Sur la plage libre d’Oka, près
de Montréal, l’été 1998 a été très calme, après la tempête de 1997, et on
annonce de nouveaux aménagements du Parc qui devraient intégrer le
naturisme. Vous pouvez aussi montrer fièrement la revue que vous avez entre
les mains (NDLR: Au Naturel, maintenant Naturisme Québec) comme un signe
encourageant de développement du naturisme au Québec.
On me pose souvent la question du nombre d’adeptes que nous sommes, et si ce
nombre est en progression. Peut-être 10 000 à 20 000 naturistes fréquentent
les centres du Québec et quelques milliers d’autres, les plages libres, ici
ou à l’étranger. Ce qui donne une population totale d’adeptes actifs de 20
000à 25 000 personnes. C’est beaucoup, et c’est très peu.
Des chiffres
Par contre, le portrait devient plus encourageant lorsqu’on prend note des
résultats de sondages déjà publiés sur la question. Encore que certains de
ces sondages, effectués pour le compte du Journal de Montréal et tous
publiés l’été, semblent avoir été menés avec tellement de maladresse ou de
préjugés qu’ils gagneraient à être éclairés par des enquêtes plus sérieuses.
Ainsi, en 1996, ce journal nous informe que 11% des personnes interrogées
ont répondu « avoir pratiqué le nudisme », et 61% disent être en faveur de
la pratique du nudisme « sur des plages réservées ». En 1997, le même
journal nous apprend que seulement 6% des gens disent « avoir déjà pratiqué
le nudisme » !!! La même année, l’inénarrable Journal de Montréal informe
ses lecteurs que 43% des gens ont répondu oui à la question : « Les femmes
devraient-elles avoir le droit de s’exposer nues à l’extérieur ? » Enfin, le
dernier sondage qui nous intéresse, publié en 1998, dit que 61% des gens ont
répondu oui à la question : « Êtes-vous favorable ou non à ce que le nudisme
puisse être pratiqué sur certaines plages réservées ? » On le voit, ce
chiffre exprimant le niveau d’acceptation du naturisme dans la population
est demeuré identique depuis 1996, contrairement au nombre d’adeptes, qui
aurait chuté de 11% à 6% en un an, ce qui est absurde. Surtout que l’on a
demandé aux gens s’ils avaient déjà pratiqué le nudisme, et non s’ils le
pratiquaient encore. À croire que 5% d’entre eux se sont évanouis dans la
nature... (NDRL : voir la section de ce site sur le
naturisme au Canada et l'étude réalisée par la firme Market Facts en
1999).
En l’absence de données plus précises ou plus sérieuses, je préfère citer
des sondages publiés aux États-Unis et en France, qui situent le nombre
d’adeptes autour de 20%. Aux États-Unis, deux sondages nationaux, un Gallup
et un Roper, effectués à deux ans d’intervalle ont montré une progression de
15 à 20%. Si, donc, on applique ces données au Québec, on peut estimer
qu’une personne sur cinq a déjà connu une expérience naturiste (soit, s’est
retrouvée dans un groupe mixte d’adultes en nudité, pour des activités
non-sexuelles). Ce qui fait plus de 1 400 000 Québécois. Si l’on ajoute les
touristes (600 000 Français ont visité le Québec en 1998 : un sur cinq est
naturiste), on arriverait à plus d’un million et demi de personnes qui,
l’été, pourraient facilement se retrouver parmi nous, même si seulement 2%
d’entre elles sont des adeptes réguliers du naturisme. Et quatre millions et
demi de Québécois (61%) approuvent notre mode de loisir.
Pas mal, comme potentiel de croissance, non ?
________
* Le chiffre 101 est utilisé au Québec pour désigner les cours
d’introduction dans les collèges.
Pour toute question ou
problème concernant le site : webmaster@fqn.qc.ca.
Conception du site et crédits
photos.
Copyright (c) 2001, Fédération québécoise de
naturisme. Tous droits réservés.
|